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Dogville : une Grace de chien !
Allez voir "Dogville" , du génial Lars Von Trier
Film0 messsianique à l'envers, ou la question du don est au centre.

- C'est l'histoire d'un hameau de quelques familles, où chacun vit pour soi, où chacun vit chez soi.
L'un des habitants, Tom, jeune, idéaliste, voudrait apprendre aux uns et autres à se visiter davantage, à se fréquenter, à se rendre des services : "il faudrait qu'il y ait une occasion de recevoir un cadeau venu du ciel" , souhaite-t-il.
Son vœu est exaucé sous la forme d'une jolie jeune femme (sublime Nicole Kidman !), prénommée justement
"Grace" . On entend des coups de feu dans le lointain, et Grace arrive à Dogville, visiblement poursuivie par des gangsters qui lui en veulent. Elle implore l'hospitalité, supplie pour qu'on l'emploie en dédommagement de cet accueil. Réticents au début, les habitants de Dogville se prennent au jeu, l'hébergent, et lui font faire mille travaux dont ils ne soupçonnaient pas que quelqu'un put les soulager.
Dogville s'installe ainsi quelques mois dans le bonheur du don reçu : Grace met de la joie partout où elle passe ; les gens se parlent enfin, même le vieil aveugle qui faisait semblant de voir accepte de ne plus s'isoler et d'être aidé par Grace, ce qui le réintègre dans la communauté villageoise.
- Tout change lorsque la police arrive, et placarde une affiche annonçant qu'une fugitive, dangereuse, était recherchée. La population de Dogville commence à devenir méfiante vis-à-vis de Grace dont elle ignore le passé. Elle consent à continuer à la cacher, mais veut faire sentir à Grace que c'est un risque qui demande contrepartie. Alors les travaux chez les villageois deviennent plus humiliants, plus exténuants. Elle devient l'esclave domestique de tous, l'esclave sexuelle même, puisque un à un les hommes de Dogville vont la violer et l'utiliser comme prostituée condamnée au silence (sauf Tom à qui elle se refuse parce qu'elle l'aime). C'est déjà bien beau que Dogville ne l'ait pas livrée à la police ! Mais les gangsters reviennent, et annoncent une forte récompense pour la capture de Grace. Le chef explique qu'il veut absolument la retrouver, et laisse un numéro de téléphone au cas où. Même Tom, pourtant amoureux de Grace (et c'est réciproque), va se laisser gagner par l'appât du gain. Grace essaie de fuir, mais le chauffeur qu'elle avait payé la ramène malgré elle à Dogville. Voyant que les habitants vont la livrer à son père, elle les supplie de renoncer à l'argent, leur promet d'être soumise, les implore dans leur intérêt de ne pas faire appel à cet homme dangereux qu'est son père.
- Hélas, l'attrait de la récompense est plus fort : le jeune homme téléphone. Les gangsters débarquent, et - surprise ! - on apprend que Grace est en réalité la fille du chef, qui veut lui donner les pleins pouvoirs dans son organisation maffieuse, ce qu'elle fuyait au début. Désespérée de voir que Dogville n'a pas su accueillir le don qui lui était fait, Grace demande après une longue hésitation à son père d'éliminer tout le village. Son père avait comparé les habitants de cette ville à des chiens, « qui retournent à leur vomi tiède », parcequ'ils ont instrumentalisé le don qui leur avait été fait après avoir fait semblant de l'accueillir. Grace va elle-même tuer Tom, celui qu'elle aime, parce qu' il l'a ravalée au rang d'une fille à prime. Tout le village est brûlé (le feu du jugement tombant sur Sodome, malgré l'intercession d'Abraham cherchant 10 justes pour sauver la ville ?), et seul échappe au massacre un chien, le seul juste peut-être de cette ville qui porte son nom (Dogville = la ville du chien), où les êtres humains étaient pires que les animaux parce qu'ils ne savaient pas recevoir la grâce offerte… Comme par hasard, ce chien s'appelle ‘Moïse', sauvé ici par miracle de l'incendie comme le Moïse biblique avait été par miracle sauvé des eaux… Ainsi convaincue que l'humanité n'en vaut pas la peine, elle va prendre la tête du gang paternel…
- Film pessimiste sur la capacité de l'homme à recevoir, Dogville dit pourtant, en négatif, combien c'est justement cette qualité d'accueil qui humanise. * Grace est un Christ presque à l'envers : fuyant son père (le Christ est envoyé par son père), elle est offerte (comme une grâce) à Dogville qui finalement ne l'a pas accueillie (le Christ est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas accueilli). * La fille conduit au père qui donne la mort (le Christ est le Fils qui conduit au Père, source de toute vie). Grace elle-même participe au massacre et en donne l'ordre, écœurée de ne trouver en Dogville aucun juste qui pourrait sauver cette ville (le Christ est au contraire la victime de la violence qu'il est venue éradiquer). * La main qui s'est refermée sur la grâce offerte sera tranchée (alors qu'au dernier moment, sur la croix, le 'bon larron' se verra offrir le Paradis et l'acceptera avec joie !). * Grace est ensuite intronisée à la tête du gang pour continuer à tuer et exploiter (à l'inverse du Christ intronisé auprès de son Père dans un Royaume de vie et d'amour).
- Le parallélisme antithétique Grace-Christ est frappant, alors que dans ses films précédents ( Dancer in the dark et surtout Breaking the waves ) l'identification christique du héros principal, une femme à chaque fois, était la clé de déchiffrement des personnages de Lars von Trier.
- Il y encore bien d'autres thèmes théologiques à explorer : # l'esthétisme du film (voix off grave, pas de décor, huis clos étouffant…) ; # la musique (le thème obsédant du Stabat Mater de Pergolèse revient à chaque chapitre, comme si la mère était Grace…) ; # le nombre de chapitres du film (6, chiffre de l'imperfection dans la Bible, comme une création avortée dont 7 est le chiffre…) ; # le lien entre le pardon et l'arrogance, le pouvoir et la faiblesse dans le dialogue intense entre Grace et son père à la fin etc…
Mais l'essentiel tient en ceci : Le don gratuitement offert a été dévalué en récompense, l'hospitalité en esclavage, l'accueil en chantage. Ceux qui ne savent pas recevoir deviendront moins dignes de vivre qu'un chien qui sait lui au moins ce qu'il reçoit de son maître…
"Grace" . On entend des coups de feu dans le lointain, et Grace arrive à Dogville, visiblement poursuivie par des gangsters qui lui en veulent. Elle implore l'hospitalité, supplie pour qu'on l'emploie en dédommagement de cet accueil. Réticents au début, les habitants de Dogville se prennent au jeu, l'hébergent, et lui font faire mille travaux dont ils ne soupçonnaient pas que quelqu'un put les soulager.
Dogville s'installe ainsi quelques mois dans le bonheur du don reçu : Grace met de la joie partout où elle passe ; les gens se parlent enfin, même le vieil aveugle qui faisait semblant de voir accepte de ne plus s'isoler et d'être aidé par Grace, ce qui le réintègre dans la communauté villageoise.
- Tout change lorsque la police arrive, et placarde une affiche annonçant qu'une fugitive, dangereuse, était recherchée. La population de Dogville commence à devenir méfiante vis-à-vis de Grace dont elle ignore le passé. Elle consent à continuer à la cacher, mais veut faire sentir à Grace que c'est un risque qui demande contrepartie. Alors les travaux chez les villageois deviennent plus humiliants, plus exténuants. Elle devient l'esclave domestique de tous, l'esclave sexuelle même, puisque un à un les hommes de Dogville vont la violer et l'utiliser comme prostituée condamnée au silence (sauf Tom à qui elle se refuse parce qu'elle l'aime). C'est déjà bien beau que Dogville ne l'ait pas livrée à la police ! Mais les gangsters reviennent, et annoncent une forte récompense pour la capture de Grace. Le chef explique qu'il veut absolument la retrouver, et laisse un numéro de téléphone au cas où. Même Tom, pourtant amoureux de Grace (et c'est réciproque), va se laisser gagner par l'appât du gain. Grace essaie de fuir, mais le chauffeur qu'elle avait payé la ramène malgré elle à Dogville. Voyant que les habitants vont la livrer à son père, elle les supplie de renoncer à l'argent, leur promet d'être soumise, les implore dans leur intérêt de ne pas faire appel à cet homme dangereux qu'est son père.
- Hélas, l'attrait de la récompense est plus fort : le jeune homme téléphone. Les gangsters débarquent, et - surprise ! - on apprend que Grace est en réalité la fille du chef, qui veut lui donner les pleins pouvoirs dans son organisation maffieuse, ce qu'elle fuyait au début. Désespérée de voir que Dogville n'a pas su accueillir le don qui lui était fait, Grace demande après une longue hésitation à son père d'éliminer tout le village. Son père avait comparé les habitants de cette ville à des chiens, « qui retournent à leur vomi tiède », parcequ'ils ont instrumentalisé le don qui leur avait été fait après avoir fait semblant de l'accueillir. Grace va elle-même tuer Tom, celui qu'elle aime, parce qu' il l'a ravalée au rang d'une fille à prime. Tout le village est brûlé (le feu du jugement tombant sur Sodome, malgré l'intercession d'Abraham cherchant 10 justes pour sauver la ville ?), et seul échappe au massacre un chien, le seul juste peut-être de cette ville qui porte son nom (Dogville = la ville du chien), où les êtres humains étaient pires que les animaux parce qu'ils ne savaient pas recevoir la grâce offerte… Comme par hasard, ce chien s'appelle ‘Moïse', sauvé ici par miracle de l'incendie comme le Moïse biblique avait été par miracle sauvé des eaux… Ainsi convaincue que l'humanité n'en vaut pas la peine, elle va prendre la tête du gang paternel…
- Film pessimiste sur la capacité de l'homme à recevoir, Dogville dit pourtant, en négatif, combien c'est justement cette qualité d'accueil qui humanise. * Grace est un Christ presque à l'envers : fuyant son père (le Christ est envoyé par son père), elle est offerte (comme une grâce) à Dogville qui finalement ne l'a pas accueillie (le Christ est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas accueilli). * La fille conduit au père qui donne la mort (le Christ est le Fils qui conduit au Père, source de toute vie). Grace elle-même participe au massacre et en donne l'ordre, écœurée de ne trouver en Dogville aucun juste qui pourrait sauver cette ville (le Christ est au contraire la victime de la violence qu'il est venue éradiquer). * La main qui s'est refermée sur la grâce offerte sera tranchée (alors qu'au dernier moment, sur la croix, le 'bon larron' se verra offrir le Paradis et l'acceptera avec joie !). * Grace est ensuite intronisée à la tête du gang pour continuer à tuer et exploiter (à l'inverse du Christ intronisé auprès de son Père dans un Royaume de vie et d'amour).
- Le parallélisme antithétique Grace-Christ est frappant, alors que dans ses films précédents ( Dancer in the dark et surtout Breaking the waves ) l'identification christique du héros principal, une femme à chaque fois, était la clé de déchiffrement des personnages de Lars von Trier.
- Il y encore bien d'autres thèmes théologiques à explorer : # l'esthétisme du film (voix off grave, pas de décor, huis clos étouffant…) ; # la musique (le thème obsédant du Stabat Mater de Pergolèse revient à chaque chapitre, comme si la mère était Grace…) ; # le nombre de chapitres du film (6, chiffre de l'imperfection dans la Bible, comme une création avortée dont 7 est le chiffre…) ; # le lien entre le pardon et l'arrogance, le pouvoir et la faiblesse dans le dialogue intense entre Grace et son père à la fin etc…
Mais l'essentiel tient en ceci : Le don gratuitement offert a été dévalué en récompense, l'hospitalité en esclavage, l'accueil en chantage. Ceux qui ne savent pas recevoir deviendront moins dignes de vivre qu'un chien qui sait lui au moins ce qu'il reçoit de son maître…
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